
Le ruban adhésif fait partie de ces objets si banals qu'on n'y pense plus. C'est pourtant un produit technique, dont il existe des centaines de variantes conçues chacune pour une contrainte précise.
Le collage par des matières naturelles (cires, résines, gommes) est ancien. Le ruban adhésif moderne, lui, naît au vingtième siècle, avec la mise au point de bandes enduites d'adhésif sensible à la pression, qui collent par simple appui, sans eau ni chaleur.
La Seconde Guerre mondiale accélère considérablement son développement : les besoins militaires, étanchéité, réparation de fortune, conditionnement de munitions, donnent naissance aux rubans toilés résistants, dont l'usage se généralise ensuite au civil.
Le ruban toilé, renforcé par une trame textile, se déchire à la main et résiste à l'arrachement. C'est le ruban de réparation, de scène et de chantier. Il laisse en revanche des résidus et ne convient pas au maintien durable en extérieur, malgré sa réputation.
Le ruban PVC, étanche et souple, sert à l'isolation électrique, au marquage au sol, à la protection contre les intempéries et au scellement de joints dans le bâtiment.
Le ruban double face colle sur ses deux faces : montage d'objets, fixation de miroirs et de plinthes, pose de moquettes. Les versions à mousse acrylique supportent des charges importantes et remplacent la visserie sur certains assemblages industriels.
Le ruban d'emballage en polypropylène, le plus courant, ferme les cartons. Le ruban de masquage en papier crêpé, à faible adhérence, protège lors des travaux de peinture et se retire sans arracher le support, à condition de ne pas le laisser en place trop longtemps ni au soleil.
S'y ajoutent des rubans spécialisés : aluminium pour les gaines, kraft gommé pour l'emballage recyclable, antidérapant, réfléchissant, isolant haute température, ou de signalisation.
Comprendre l'adhésif employé explique la plupart des déconvenues.
Le caoutchouc naturel offre le collage initial le plus fort et le moins cher. Il vieillit mal : il jaunit, durcit et laisse des résidus, surtout à la chaleur et à la lumière.
L'acrylique colle moins fort au départ et gagne en adhérence au fil des heures. Il résiste aux ultraviolets, au vieillissement et aux écarts de température : c'est l'adhésif des applications durables et extérieures.
Le silicone, plus rare et plus coûteux, tient sur les supports difficiles, silicone, PTFE, et supporte les très hautes températures.
Quatre questions suffisent. Sur quel support, un plastique à basse énergie de surface comme le polypropylène ou le polyéthylène demande un adhésif spécifique. Pour combien de temps, provisoire ou définitif, ce qui oriente vers le caoutchouc ou l'acrylique. Dans quelles conditions, humidité, ultraviolets, température, écarts thermiques. Et pour quelle contrainte, cisaillement, pelage, ou simple maintien.
Deux caractéristiques figurent sur les fiches techniques et méritent d'être lues : l'épaisseur, qui conditionne la capacité à absorber les irrégularités du support, et la force d'adhérence au pelage, exprimée en newtons par centimètre.
Un adhésif tient d'abord grâce à la préparation du support. Une surface propre, sèche et dégraissée, à l'alcool isopropylique de préférence, change plus le résultat que le choix du ruban.
La température compte : la plupart des adhésifs ne collent pas correctement en dessous de dix degrés, et beaucoup d'échecs de pose hivernale n'ont pas d'autre cause. Une pression ferme sur toute la surface, enfin, est nécessaire : ces adhésifs sont dits sensibles à la pression, et c'est elle qui établit le contact.
Pour un double face de structure, compter vingt-quatre à soixante-douze heures avant de solliciter l'assemblage : l'adhérence finale n'est pas immédiate.
Chauffer doucement au sèche-cheveux ramollit l'adhésif et permet un retrait sans arrachement. Tirer lentement et à angle très fermé, presque parallèlement au support, plutôt que perpendiculairement.
Les résidus se dissolvent à l'alcool, à l'essence de térébenthine ou avec un solvant dédié, après un essai sur une zone cachée, certains supports peints ou plastiques ne les supportant pas.